SENSITIVE

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TRANCHES DE MA VIE D'ADULTE 1

Objectif : Peace of mind


J'ai essayé depuis de nombreuses années de former une histoire  avec de grandes et belles phrases comme je les aime pour cette période de ma vie mais je n’ y arrive pas...

J'ai l'impression d'avoir vécu des BOUTS DE VIE...

La suite va donc être plus hâchée, tourmentée, parfois gaie et enjouée, remplie de détours par la case Hospitalisations mais aussi d'amour, d'échecs, de victoires...

J'entends souvent cette phrase "tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" qui, en réalité est " A l'école de guerre de la vie. Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort" de Friedrich Nietszche dans le Crépuscule des idoles. On m'a également dit et redit " ne vois pas le verre à moitié vide mais à moitié plein" ... etc...

Je connais, arrêtez de me le répéter...

Oui, peut-être ou sûrement... mais arrivée à bientôt 54 ans, je me sens fatiguée et aspire à plus de sérénité. Je n'ai pas encore tout "digéré ". Mes soucis de santé sont toujours là et à vie et, j'aimerais, au moins avoir l'esprit tranquille et réussir à vivre sans rien attendre des autres : la clé pour être heureuse, à mon avis...


ENCORE UN PEU DE REPIT : ETUDES ET USA 

J'étais à l'IPLV à l'UCO et voulais devenir traductrice...

Le plaisir d'apprendre et parler, anglais, espagnol et un soupçon d'arabe donnait des ailes à mon cerveau. Je me faisais violence pour créer de nouveaux liens dans cette foule grouillante du Hall...

J'étais invisible pour Marc, l'élu de mon cœur du moment.... IL sortait avec une blonde, style poupée Barbie à la démarche assurée sur ses hauts talons.

Tout ce que je n'étais pas !

Mais un magnifique cadeau allait m'être fait en cette fin de première année de licence !

Wellsburg
Wellsburg

JUILLET 1984 : BOLDEN FAMILY, KETCHUP AND BASEBALL

Direction les Etats-Unis, côte est, Wellsburg à côté de Pittsburgh où m'attendait "ma famille américaine" les Bolden.

Barbara, mère au foyer (5 enfants) et Léo  dont j'ai appris le décès en 2019 sur les réseaux sociaux. Il travaillait dans une entreprise de dentifrice et me parlait souvent de leurs difficultés à être soignés convenablement ; pas d'assurance maladie aux USA et des mutuelles chères.

Dès l'arrivée, pas le temps de poser mes valises ! Départ pour leur semaine de vacances....

Petit périple in West-Virginia and Washington, fiers de me montrer la Maison Blanche !

Je me sentais un peu paumée dans leur grande voiture au milieu d'inconnus et plus le paysage défilait plus une envie pressante me faisait croiser les jambes fortement...Je sentais bien qu'il fallait avaler les kilomètres et n'osais pas leur demander une simple "pause pipi" . D'ailleurs, "comment ça se dit ?"🤯  , je n'étais pas habituée à leur accent, les faisais répéter et ma concentration commençait à défaillir sous l'effet du bruit du moteur.

Heureusement, premier arrêt pour un hamburger ( le meilleur que j'ai mangé de toute ma vie, et oui !) et là, les doigts collants de sauce, je file aux toilettes..... 

Grand bien m'a fait car là bas, tout me semblait plus long, plus grand, les distances,  les routes...

Peu de souvenirs de West Virginia et de sa plage. Par contre,

Je me souviens 

Washington and its great White House, pas si loin que cela d'un quartier pauvre, apparemment délaissé par la municipalité,  où des gens assis sur les trottoirs...attendaient....que le temps passe

Du haut de mes 18 ans, cette grande différence blancheur/noirceur si proche l'une de l'autre me frappa....J'apprenais la notion d'injustice sociale.

 Retour à Wellsburg, je me sens plus à l'aise dans la famille et leur propose de leur faire un "repas à la française " tous autour de la table et non chacun se servant dans le frigidaire...Bon, le dimanche,ils faisaient un effort...

Alors, allons y

Menu simple : bifteck avec beurre persillé et pommes de terres sautées. Ce que j'avais sous la main mais cuisiné autrement.  Ma fierté en prit un coup! Mon bon beurre persillé fut vite remplacé par une rasade de ketchup et, ce, sans aucune gêne.

Bon, culture différente et peu d'esprit de découverte de leur part. Tant pis....

Par contre, pas question pour moi de rater un match de base-ball...Immense stade, une énorme foule dans les gradins. Léo, essayant de m'expliquer les règles du jeu dans le bruit du battement des pieds dans les tribunes. J'acquiesçais sans comprendre, j'étais dans un autre monde, moi la contemplative, j'étais servie 😉

Un autre monde aussi avec Anita, la fille de mon âge, conduisant déjà une immense voiture, où, petite de taille, elle disparaissait derrière le volant....Je devais juste lui faire confiance,  croiser les doigts dans les virages et m'accrocher à la portière...

Un autre monde également le jour où ils m'emmenèrent à leur messe : des chants "My Lord" etc..., nous tenant tous les mains, moi faisant du mauvais play-back...Était ce une véritable ferveur ? Je ne savais pas...Je voyais en même temps  les aînés de la famille remonter les escaliers tard le soir, plus que bourrés, vers leurs chambres respectives après des soirées où leur puritanisme avait  bel et bien été mis de côté. J'avais déjà du mal avec les demi mesures et l'hypocrisie....Ils se disaient puritains, ils chantaient "my Lord etc".... et à partir de 7.00 pm ils ne l'étaient plus ?

Je revins en France, nourrie de tout cela, prête à entamer, avec grande joie, ma seconde année d'IPLV

Je suis restée très longtemps en contact avec les Bolden mais plus de nouvelles à présent. Leur appartenance au "Tea Party" , leur fanatisme religieux et militaire, plus tard, leur idolâtrie de Trump eurent raison de nos relations épistolaires. Pas de mon côté, j'étais toujours prête à discuter ; une dernière carte à Noël et après plus rien. Des demandes "d'amis Facebook " sans réponse, une dernière lettre de ma part...

Goodbye and Farewell




Marie 6 janvier 1986
Marie 6 janvier 1986

Marie, Lynda and a Street 😉

1984 : Kiki se marie avec Philippe et la vie lui apportera 4 super enfants....

1986 : Un très grand bonheur pour moi, je suis choisie comme marraine de Marie, première arrivée de la fratrie en ce 6 janvier 💗

Entre temps, mes étés se passaient chez mes amis anglais. De nouvelles connaissances dans le Lake district, ou comme accompagnatrice de groupes d'élèves avec NACEL , l'organisme avec lequel j'avais fait mes 1ers pas de l'autre côté de la Manche. 

Ainsi, arrivèrent dans ma vie : Lynda et son "grain de folie", Ruth et Gladney Haigh et  ma cup of tea devant la porte de la chambre le matin, de nouveau les Tisdall avec une nouvelle venue, Carley. Ma logeuse Mrs Dawes (lisant dans le marc de café) et son fils Joss (saxophoniste et guitariste) lors de mon année d'assistanat à Street dans le Somerset...

Oui , vous lisez bien : Street,  et en effet, il y avait une STREET principale et pas grand chose d'autre. Les 10 mois furent longs mais enrichissants....

Malheureusement,  ces différentes expériences se mélangent un peu dans mes souvenirs et il m'est difficile de remettre des dates précises. Des photos, par contre, il m'en reste et un sentiment d'avoir trouvé à cette époque là une assurance personnelle. J'étais dans mon élément et j'étais bien. 

De très belles et surprenantes rencontres 

Lynda

Je peux dire que ma rencontre avec Lynda EST le plus beau souvenir de mes escapades en Angleterre. En tout cas, celle qui m'apporta le plus de dépaysement et ce petit "grain de folie" qui parfois, ressurgit chez moi encore maintenant. Professeur d'histoire géographie à mi temps pour pouvoir s'occuper de son Bed and Breakfast, elle retapait une maison et en faisait un lieu de vie et de rencontres de diverses nationalités (ou métiers plus tard) avec une bonne humeur et une générosité de cœur inégalable. C'est ainsi que je la vis pour la première fois au volant de sa petite Ford décapotable, venue me chercher à la gare routière avec, à mon avis, déjà un ou deux verres de vin dans le gosier. Tout en prenant le chemin de la maison,  elle se mit à chanter à haute voix la marseillaise sans porter aucune attention aux personnes qui nous regardaient passer....

Lynda, c'était également 2 chaussettes de couleurs différentes dans ses sandales. De la peinture sur le visage en allant faire des courses ? Pas grave....le regard des autres, on s'en fout...

Un penchant un peu trop prononcé pour l'alcool qui parfois me forçait à l'écouter partir dans de sacrés délires....mais que de souvenirs et Lynda est toujours de ce monde... L'alcool doit conserver...😉

Je retournai chez elle quelques années plus tard dans son nouveau B&B toujours retapé par ses soins mais cette fois ci un peu plus délabré. Je marchais le plus légèrement possible sur le vieux parquet de ma chambre qui craquait, de crainte de passer au travers et une ou deux blates vinrent passer la nuit avec moi...

Lynda, égale à elle même m'affublant d'un petit tablier de soubrette m'envoyait servir le repas à ses hôtes du moment ( les ouvriers saisonniers d'un chantier ) " And now, a french lady at your service 😟" et 2 ptits verres de blanc sec tout en faisant cuire son plat du jour... Sacrée Lynda !

1989 Une année anglaise à Street

Une nouvelle expérience pour clôre l'année de licence. Une année à enseigner le français à de jeunes anglais. On m'envoya à Street dans le Somerset. Capitale des chaussures Clarks, très connues à cette époque....

Une petite chambre sous les toits de la maison de Mrs Feola Dawes vivant seule avec son dernier fils Joss, surdoué en musique. J'étais parfois réveillée le matin par quelques notes de saxo ou de guitare électrique....il n'avait jamais pris de cours et faisait tout d'oreille. Si je me souviens bien,  il faisait partie d'un groupe avec des copains. Je ne suis pas restée assez longtemps pour savoir s'il a réussi à percer dans le milieu et le dernier courrier que je reçus de Feola date de Juillet 1990 ; une grande lettre comme je les aimais relatant les derniers évènements familiaux : naissances, décoration de sa maison et....

L'évolution de sa "petite entreprise " de Designer knitwear....J'eus droit,  comme cadeau de départ à une superbe veste jacquard doublée, tricotée sur sa machine et que je portai pendant de longues années.

ANECDOTES

Je descendais de ma petite chambre pour me faire à manger et partager " a cup of tea" tout en me demandant comment ils faisaient pour vivre dans un tel capharnaüm : dans le petit salon cohabitaient Feola, Joss, le chien et ses poils, les bobines et pelotes de laine, la machine à tricoter et accessoirement les restes du "Tea time" de la veille. Me trouvant seule et croyant bien faire,  je me mis à tout nettoyer jusqu'à la planche de travail de la cuisine qui au fur et à mesure que je passais l'éponge, changeait de couleur ! 

Panique ! J'étais en train d'effacer des années de crasse collante incrustée, à tel point qu'elle ornait le dessus d'un vernis, comment dire...local...

Mais encore une fois, je ne portai aucun jugement....Feola me lisait l'avenir dans le marc de café et des jeunes entraient et sortaient (enfants d'une autre liaison) de la maison à toute heure de la journée. 

Leur accueil et originalité l'emportait sur le reste.

Les Tisdall me revirent également à  Wells 

J'avais trouvé un job dans l' hôtel restaurant à côté de chez eux et pu ainsi pratiquer la langue tout en me faisant un petit salaire. Carley  leur seconde fille,  une jolie petite rousse était née entre temps et je remarquais des repas plus diététiques que lors de mon précédent séjour. Plus de desserts jelly remplis de colorants....

Juillet 1990

Dernier accompagnement d'un groupe d'élèves à Cork en Irlande...

Je me souviens

Une ballade en pleine nature où excités par le vent, les poneys que chevauchaient les ados  commençaient à les embarquer dans une course à travers l'étendue sauvage. Les accompagnateurs font je faisais partie essayant de les rattraper......Je ne sais plus comment,  mais tout le monde rentra sain et sauf dans sa famille....Un groupe pas évident à gérer,  blasés, donnant du fil à retordre aux familles. Je passais mon temps au téléphone pour essayer de faire passer des messages de tolérance....

Entre temps, Valentin montra le bout de son nez le 30 octobre 1987, Rémi le 25 octobre 1990 et Juliette clôt ces belles naissances le 29 décembre 1993. A chaque fois  beaucoup d'amour dans mon cœur 💗



Cushing est là
Cushing est là

Prémices d'une dégringolade 

Suite à mon année en Angleterre,  je décidai de ne pas entamer mon année de maîtrise. J'avais ramené  de nombreux documents sur "le Woodstock" du Somerset visant le mémoire, mais je voulais gagner ma vie. 

Mon rêve de devenir traductrice s'était évaporé au cours des années, pas assez de débouchés,  à moins de monter son propre cabinet sans assurance de revenus réguliers. 

Remplacements de professeurs d'anglais en collège,  je m'y lançais,  attendant les appels téléphoniques m'indiquant le collège où m'attendait une bande d'ados prêts à donner du fil à retordre à la jeune remplaçante de 24 ans.....parfois plus petite de taille que certains d'entre eux. 

Depuis deux ans à peu près, des malaises dans l'amphi me faisait quitter le cours en précipitation. Le Dr Flament   homéopathe soigna l'anxiété,   à priori la cause.

De retour d'Angleterre, on remarqua ma prise de poids . On  me mit au régime. J'étais de plus en plus fatiguée , on me dit que c'était la charge de travail,  le stress de l'étudiante....Je n'eus plus mes règles...

Je changeai de médecin et.....

A mon entrée dans son cabinet,  le docteur Boisdon su tout de suite que quelque chose de plus important m'arrivait...

Un visage gonflé , une grande lassitude : "Avez vous pris de la cortisone à haute dose?"

Non docteur......

Et commencèrent des années d'examens médicaux où mon corps ne m'appartint plus. Je devins une habituée du service d'endocrinologie de l'hôpital.

Mes glandes surrénales produisaient trop de cortisol, des dosages dépassant 5 fois le taux normal dans le sang. Mes muscles allaient s'atrophier. Il fallait trouver l'origine de ce surdosage. En attendant, on me fit prendre, à l'essai, un médicament utilisé en temps normal pour autre chose.....C'est aussi ça la médecine hospitalière pour les maladies rares : on peut servir de cobaye...! Lorsque vous êtes pris en charge par le CHU ( Centre hospitalier UNIVERSITAIRE) vous êtes également amenée à devenir un CAS d'étude pour les étudiants en médecine du Professeur dont vous êtes le patient. Un petit groupe d'élèves le suit pendant ses visites de chambre en chambre, des internes vous questionnent ; on me prit même en photo car mon visage portait de plus en plus les marques de la maladie.

Prises de sang, scanner,  IRM, et autres examens dont je ne me souviens plus du nom. Mon corps était devenu un terrain de recherches pour un verdict à venir

Je me souviens

Dans la salle des profs au collège de la Cathédrale, je m'accroupis pour prendre un dossier. Le pansement et une douleur me rappellent l'examen de la veille : l'invasion de mes artères, au niveau de l'aine,  par un espèce de tube, sous anesthésie locale pour "photographier" le réseau de circulation de mon sang. 

J'étais tellement trimbalée d'un service à un autre que je ne savais même plus pour quoi on me faisait tout cela...

Le diagnostic final me le rappela :j'avais le syndrome de Cushing. La partie antérieure de mon hypophyse sécrétait trop d'ACTH, une hormone, qui elle même en trop grande quantité,  provoquait un surdosage de cortisol par mes surrénales. Des micro- adénomes pouvant évoluer en tumeur ? L'imagerie à cette époque n'était pas assez fiable.

Dans tous les cas, la raison de tous mes symptômes était cette petite glande endocrine située derrière le nez au plus profond du crâne par derrière les deux yeux....Je passais  un dernier examen où, pour ne pas sentir la caméra qu'on m'enfilait dans le nez, on me fit respirer...de l'opium...

Si l'on n'y remédiait pas, en plus de l'atrophisme de mes muscles dont l'issue serait le fauteuil roulant, tout mon cycle hormonal allait être déréglé... Mon ordinateur central buggait.

La seule solution : aller voir directement, in situ, et enlever ce qui déréglait mon système endocrinien.

J'essayais de ne pas y penser tout en continuant de "vivre" ma vie. Sorties en boîte avec le groupe "d'amis" du moment, où un soir, emportée par l'excitation de la danse, je me laissais aller dans les bras d'un inconnu. La seule fois de ma vie d'ailleurs : je lui demandai juste son prénom en partant...Philippe

Franck avec qui je passais des vacances au Pays Basque.... sans consommer...échec réciproque 

Echec également au travail... Il me fallut trois remplacements pour savoir que je n'étais pas faite pour le métier de professeur... Je ne réussis pas à trouver le juste milieu entre " être au contact de mes élèves " et " ne pas me faire marcher sur les pieds" ... Toujours un ou deux pour mettre le bazar et entraîner les autres devant une jeune prof qui n'avait plus assez de salive pour leur enseigner l'anglais...

Je décidai donc, à temps, de changer d'orientation et d'aller vers le monde des livres,  bibliothèques et centres de documentation que j'avais longuement testés pendant mes études.  

Formation de documentaliste pour avoir les bases techniques, contrat de qualification  à l'ISAIP après pas mal de courriers restés sans réponse. Mon challenge, tout en me formant au catalogage, langage rameau, normes Afnor : mettre en place et animer le centre de documentation de cette école supérieure ( annexe post BTS de la Baronnerie). On me proposa, en même remps, de me charger de la formation continue d'anglais de groupes d'adultes et d'étudiants en international. Je bondis de joie et acceptais.

Ce goût pour "le monde étudiant" m'est d'ailleurs resté et si j'avais eu le concours de bibliothécaire d'état, j'aurais travaillé en BU...

Mon contrat était de 2 ans. C'est  à l'ISAIP que je devins documentaliste et.....

Rencontrai Jacek.

Mais avant, je n'avais pas d'autre choix que de retourner à l'hôpital....

A moins que....

Sur les conseils de ma tante, je pris RDV chez un praticien de médecine parallèle.... Et...je sortis bien vite de son cabinet après une séance assez malsaine et des gestes, en l'occurrence, inappropriés...Heureusement que j'avais la tête sur les épaules. Il avait du le remarquer car il n'insista pas pour me retenir. Il faisait partie de ces "gouroux" qui profitent de la faiblesse, plus particulièrement, des femmes. 





Bienvenue en neurochirurgie 

Il fallait maintenant répondre à la question : voulez-vous être opérée à Paris ou à Angers ? car cette opération est très délicate, de l'ordre de la micro-chirurgie...

J'avais 25 ans et au lieu de profiter de ma jeunesse déjà bien bouleversée depuis 4 ans par ma fatigue et les examens médicaux, j'avais l'impression d'aller à l'échafaud. 

Je dis oui à l'opération à l'hôpital d'Angers où le Professeur B. Endocrinologue me suivait. Mais ce n'est pas lui qui allait m'opérer. J'allais être admise en neurochirurgie et opérée par le Professeur G.

On me mit sous anxiolytiques pour calmer mes angoisses à l'approche de ce qui restera le cauchemar de ma vie.

C'est la veille, le 9 juillet 1991 que je franchis l'entrée du service dans un état second,  abrutie par les anxiolytiques mais,

Je me souviens de tout ou presque...

Une petite chambre à deux lits où se trouvait déjà une dame en observation. Maman et papa m'aident à m'installer. J'étais muette, appréhendant déjà le moment où ils devraient partir car j'avais l'impression que je les voyais pour la dernière fois. .. "On allait aller dans mon crâne près de mon cerveau en passant par derrière mon nez, mes yeux..." 

Me voyant angoissée, ma voisine de chambre alla m'acheter à la boutique une petite peluche verte, un lapin...Gentille attention...Je peux vous dire que dans ces moments là, on redevient un tout petit enfant sans défense...Je ne pouvais que faire CONFIANCE au chirurgien.

On ferma les volets après un dîner léger et je m'allongeai en serrant très fort mon peignoir rose pour me calmer. Je ne dormis pas et, c'est au petit matin qu'une première infirmière m'emmena prendre une douche, m'enduire de Bétadine, passer la tenue de l'opéré tout aseptisé, tout ça la tête vide, tétanisée. Le soleil n'était pas encore levé ou était ce moi qui trouvais tout sombre ce jour là ? Une première piqûre dans la cuisse dont le produit me brûla la veine. Elle était sensée m'apaiser... J'attendis sur mon lit que l'on vint me chercher. J'avais froid et l'angoisse montait.



Hypophyse
Hypophyse

Cauchemar 

Du bruit dans le couloir, on entre dans la chambre, on pousse mon lit vers la sortie et ce fut un long couloir avec des lumières blafardes, un ascenseur qui me semblait descendre au sous sol dans les entrailles de l'hôpital. Puis, à nouveau, un long couloir froid et...

L'entrée dans la salle d'opération gelée, aveuglée par l'énorme spot du centre et entourée d'inconnus masqués.

Je crevais de peur, une peur d'une violence irrépressible, impossible à maîtriser. Ce n'était pas simplement mon corps qu'on allait attaquer mais tout mon être. Chacun de mes muscles se contractaient sous l'effet de l'angoisse. Déplacée sur la table d'opération, je m'asphyxiais. La seule solution que trouva l'anesthésiste fut une claque sur le visage....soit disant pour me calmer. Et puis, le néant...

Salle de réveil, grelottante, enveloppée dans une couverture de survie, le souffle court, un visage penché sur moi me parlait mais je n'entendais rien. J'entendais juste des échos de voix tout autour de moi. Je replongeais...remontais, replongeais...

On m'emmena aux Soins intensifs....Je n'arrivais toujours pas à ouvrir les yeux. Avec le recul, je crois que je me refusais à les ouvrir, j'avais peur de voir la réalité. 

Coincée dans cette petite chambre , séparée des autres par de minces cloisons, il me fallut beaucoup de temps pour émerger. L'anesthésie avait été très forte pour une opération de ce style. Je voyais de grosses bulles bouillonner autour de moi. J'entendis les infirmiers à côté essayer de faire reprendre connaissance à un patient.... J'entendis l'arrivée d'un groupe de jeunes accidentés de la route envoyés dans ce service pour cause d'urgences saturées et deux ambulanciers rigoler au sujet d'un soutien gorge retrouvé sur l'un des brancards...

J'entendis même une prière dites par quelques personnes accompagnant un de leur proche mourant.

Et moi, j'essayais de reprendre pieds dans la réalité. Maman me tenait  la main, m'envoyant de ses forces ; papa n'avait pas pu rentrer dans la pièce de peur de ne pas supporter la vue de sa fille dans cet état. Un état que je ne connaissais pas encore,  j'avais juste de grosses difficultés à respirer et sentais quelque chose d'épais dans mon nez. J' étais encore sous anti douleurs à haute dose, dépendante pour tout ( uriner, boire) et dans un brouillard épais. Une infirmière venait m'enfoncer un tube dans le nez pour essayer d'aspirer ce qui le bouchait.....Je commençais à reprendre conscience. On me proposa une glace pour voir ce qui me gênait mais je n'en avais pas le courage. Alors, je demandai qu'on m'expliqua. 

Afin de résorber le sang qui s'écoulait encore autour de la zone opérée,  on m'avait enfoncé très loin dans les deux narines, une mèche coagulante retenue par une énorme "épingle" à  la base de mon nez. Ce que je ne savais pas encore c'est qu' afin de boucher l'orifice menant à l'hypophyse ils avaient utilisé une partie de ma cloison nasale.

On me donna, quelque temps plus tard, le compte rendu opératoire mais je fus des années sans pouvoir le lire en entier. 

Le Professeur G  passa, m'engueulant car je ne m'étais pas encore levée. Un très bon technicien et je l'en remercie encore,  car sa main n'avait pas tremblé ! Mais aucune psychologie. Je n'étais qu'un corps pour lui,  il avait fait son boulot et basta...! Il s'en fichait des larmes que je contenais et de mes nuits sans sommeil. 





Babé